Depuis mon édito du mois dernier, la situation s’est détériorée au Moyen-Orient. Pour Fatih Birol, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), « le monde n’a jamais connu une perturbation de l’approvisionnement énergétique d’une telle ampleur, plus grave que les crises de 1973, 1979 et 2022 réunies ». Outre le blocage du détroit d’Ormuz depuis plus de six semaines, soixante-quinze infrastructures ont été attaquées, dont plus d’un tiers gravement, et leur remise en état prendra pour certaines des années.
La plus grande crise des hydrocarbures de l'histoire frappe le monde. En Europe, notre sécurité énergétique n'est pas menacée à court terme, alors qu'elle est déjà existentielle pour certains pays d'Asie. Il faut toutefois s’attendre à ce que les prix des énergies fossiles reflètent la pénurie des ressources, avec une compétition mondiale pour y accéder. En raison de l'ampleur de la perturbation, il est probable qu'elle perdure pendant une période conséquente. Même si la paix était signée demain (ce qui semble improbable), les conséquences seront subies jusqu'en 2027 au moins. Ce qui est tangible dès à présent, c’est le prix repère de vente de gaz (PRVG) de la CRE qui augmente de 15,4 % au 1er mai, reflétant la volatilité des marchés. L’impact reste toutefois limité en raison des besoins de chauffage moindres de la saison printanière.
Cette nouvelle grande crise des fossiles, appelée à durer, doit nous faire accélérer la transition énergétique. En France, le gouvernement a annoncé des mesures sur l’électrification des usages qui font suite à un groupe de travail initié au lancement de la publication de la PPE3. Le Club de la Chaleur Renouvelable a écrit au Premier ministre, pour lui demander de lancer un groupe de travail sur la décarbonation de la chaleur. Car si le plan d’électrification engagé constitue un axe majeur, il est impératif, face à l’urgence, de mobiliser toutes les ressources des territoires. La chaleur renouvelable et de récupération, dont le développement est fortement encouragé par la PPE3, doit également jouer son rôle stratégique. L’exemple de la Commission européenne, qui a lancé simultanément des stratégies sur l’électrification et le chauffage/refroidissement, montre l’importance de coordonner ces deux leviers. Des leviers qui peuvent par ailleurs générer des synergies avec l’hybridation des solutions. La sortie progressive des fossiles est un marathon qui va durer des années, il doit avancer sur ses deux jambes : électrification et chaleur renouvelable.
Pour conclure, je fais mienne la parole du Premier ministre. « Il ne faut pas gaspiller une bonne crise et en faire une opportunité ». Ce slogan est essentiel, alors que nous avons gaspillé la précédente crise de l’énergie (2022-2024) en dépensant 70 milliards d’euros en aides publiques « palliatives » sans aucun impact structurel en matière de souveraineté et de résilience. Cette nouvelle crise doit donc être l’opportunité de faire mieux. Mobilisons-nous pour développer des projets de chaleur solaire qui sont bénéfiques pour la souveraineté et la résilience du pays.
Richard Loyen, Délégué Général
Chargé des relations avec les collectivités et de la chaleur solaire